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Lecture n° 9 : Alphonse le chat (02)

 

 

 

 

     Dans la remise, les petites retrouvèrent le chat installé sur la pile de bois.  A travers ses larmes, Delphine le regardait faire sa toilette.

Alphonse, lui dit-elle avec un soeurire joyeux qui étonna sa soeur.

- Quoi donc, ma petite fille ?

- Je pense à quelque chose.  Demain, si tu voulais, on n'irait pas chez la tante Mélanie.

- Je ne demande pas mieux, mais tout ce que je peux dire aux parents n'empêchera rien, malheureusement.

- Justement, tu n'aurais pas besoin des parents.  Tu sais ce qu'ils ont dit ? Qu'on irait chez la tante Mélanie s'il ne pleuvait pas.

- Alors ?

- Eh bien ! tu n'aurais qu'à passer ta patte derrière ton oreille.  Il pleuvrait demain et on n'irait pas chez la tante Mélanie.

- Tiens, c'est vrai, dit le chat, je n'y aurais pas pensé.  Ma foi, c'est une bonne idée.

Il se mit aussitôt à passer la patte derrière son oreille.  Il la passa plus de cinquante fois.

- Cette nuit, vous pourrez dormir tranquillement.  Il pleuvra demain à ne pas mettre un chien dehors.

Pendant le dîner, les parents parlèrent beaucoup de la tante Mélanie. Ils avaient déjà préparé le pot de confiture, qu'ils lui destinaient.

Les petites avaient du mal à garder leur sérieux et, plusieurs fois, en rencontrant le regard de sa soeur, Marinette fit semblant de s'étrangler pour dissimuler ( 5 ) qu'elle riait.  Quand vint le moment d'aller se coucher. les parents mirent le nez à la fenêtre.

- Pour une belle nuit, dirent-ils, c'est une belle nuit.  On n'a peut-être jamais tant vu d'étoiles au ciel.  Demain, il fera bon d'aller sur les routes.

Mais le lendemain, le temps était gris et, de bonne heure, la pluie se mit à tomber. Ce n'est rien, disaient les parents, ça ne peut pas durer.  Et ils firent mettre aux petites leur robe du dimanche et un ruban rose dans les cheveux.  Mais il plut toute la matinée et l'après-midi jusqu'à la tombée du soir.  Il

avait bien fallu ôter les robes du dimanche et les rubans roses. Pourtant, les parents restaient de bonne humeur.

- Ce n'est que partie remise.  La tante Mélanie, vous irez la voir demain.  Le temps commence à s'éclaircir.  En plein mois de mai, ce serait quand même bien étonnant s'il pleuvait trois jours d'affilée.( 6 )

Ce soir-là, en faisant sa toilette, le chat passa encore la patte derrière son oreille et le lendemain fut jour de pluie.  Pas plus que la veille, il ne pouvait être question d'envoyer les petites chez la tante Mélanie.

Les parents commençaient à être de mauvaise humeur.

A l'ennui de voir la punition retardée par le mauvais temps s'ajoutait celui de ne pas pouvoir travailler aux champs.

Pour un rien, ils s'emportaient contre leurs filles et criaient qu'elles n'étaient bonnes qu'à casser des plats. « Une visite à la tante Mélanie vous fera du bien, ajoutaient-ils.  Au premier jour de beau temps,

vous y filerez depuis le grand matin. »

Dans un moment où leur colère tournait à l'exaspération, ils tombèrent sur le chat, l'un à coups de balai, l'autre à coups de sabot, en le traitant d'inutile et de fainéant.

- Oh ! oh ! dit le chat, vous êtes plus méchants que je ne pensais.  Vous m'avez battu sans raison, mis, parole de chat, vous vous repentirez.

Sans cet incident, provoqué par les parents, le chat se fût bientôt lassé de faire pleuvoir, car il aimait à grimper aux arbres, à courir par les champs et par les bois, et il trouvait excessif de se condamner à ne plus sortir pour éviter à ses amies l'ennui d'une visite à la tante Mélanie.

Mais il gardait des coups de sabot et des coups de balai un souvenir si vif que les, petites n'eurent plus besoin de le prier pour qu'il passât sa patte derrière son oreille. Il en faisait désormais une affaire personnelle.

Pendant huit jours d'affilée, il plut sans arrêt, du matin au soir.  Les parents, obligés de rester à la maison et voyant déjà leurs récoltes pourrir sur pied, ne décoléraient plus. Ils avaient oublié le plat de faïence et la visite à la tante Mélanie, mais, peu à peu, ils se mirent à regarder le chat de travers.  A chaque instant, ils s'entretenaient à voix basse de longs conciliabules dont personne ne put deviner le secret.

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