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 Lecture n°8 : Jean le sot

Enregistrement

 

 

 

 

 

Il y avait une fois une brave femme qui avait pour unique enfant un garçon qui n'était pas des plus éveillés ( 1 ). Un jour, elle lui demanda de porter du grain au moulin, en lui recommandant bien de ne pas se laisser voler par le meunier - Fais attention, lui dit-elle, il te faudra dire au meunier : « Avec tout ce grain, vous ferez bien trente kilos de farine. » - Ne l'oublie pas !

Jean le sot charge le sac de grain sur son épaule et part vers le moulin.

Pour ne pas oublier la quantité de farine qu'il doit rapporter, il se répète à haute voix, tout le long du chemin :

- Vous ferez bien trente kilos de farine, avec tout ce grain, …vous ferez bien trente kilos de farine.  

Il arrive devant un champ de blé que les moissonneurs sont en train de faucher. Au bord du chemin, le propriétaire du champ et un de ses amis parlent de la récolte.

- Pourvu que notre récolte soit abondante ( 2 ) cette année  

Jean le sot s'arrête près d'eux pour se reposer un peu, en répétant tout haut : « Avec tout ce grain, vous ferez bien trente kilos de farine ».

Soudain, une gifle s'abat sur sa joue sans qu'il ait eu le temps de la voir venir.

- Insolent ! ( 3 ) crie le paysan en colère, tu te moques de nous ?

- Tu crois que nous travaillons si durement seulement pour trente malheureux kilos de farine ?

- Bien pardon, bien pardon dit ! Jean le sot.

- Que faut-il dire, s’il vous plaît ? demande alors Jean le sot, en se frottant la joue.  

Le paysan montre la charrette qui attend en bordure du champ et dit :

- Il te faut dire : je vous souhaite dix charrettes comme celle-là, pleines à ras bord.

  Jean le sot reprend son sac et repart en se répétant : « Dix charrettes comme celle-là pleines à ras bord, …dix charrettes comme celle-là pleines à ras bord »

  Il continue son chemin et, arrivé à un carrefour, il rencontre un cortège ( 4 ) d'enterrement.   Le cercueil est posé sur une charrette tirée par deux chevaux.

Derrière viennent les assistants ( 5 ), tout habillés de noir, l'air bien affligé. Mais voilà que Jean le sot dit tout haut :

« Je vous souhaite dix charrettes comme celle-là, pleines à ras bord »

  Quel scandale, se disent les gens. Le cortège continue sa route, mais deux solides gaillards (6) restent en arrière et attrapent brutalement Jean le sot.

- Tiens voilà pour toi, misérable ( 7 ), qui souhaite la mort des gens. Et ils le frappent rudement sur le dos.

- Mais que faut-il dire ? demande Jean le sot, en se plaignant de son pauvre dos.

- Il faut dire : Ah ! quelle perte cruelle nous subissons ( 8 ).  

  Jean le sot continue sa route, en se répétant exactement cette nouvelle phrase.  

Un peu plus loin, il croise un homme qui va noyer une chienne enragée. L’homme est bien surpris, car il vient d'entendre Jean le sot dire en soupirant:

- Ah ! Quelle perte cruelle nous subissons.

Il rejoint le garçon, l’attrape par l'oreille et le secoue bien fort :

- Que disais-tu ? que cette chienne est une perte cruelle, tu te moques de moi ? Tu voudrais donc que je garde un animal enragé, et qu’il morde toute ma famille ?

- Aïe ! Aïe crie Jean le sot, qui a bien mal à son oreille, que faut-il dire ?

- Il faut dire : Oh ! la vilaine bête, allez vite la noyer !

L'oreille en feu, Jean le sot reprend le chemin et arrive dans un village. Il voit venir un cortège de noce ( 9 ). Les joueurs de violon ouvrent la marche, suivis de la mariée tout en blanc et couronnée de fleurs, au bras de son père. Puis viennent les invités, dans leurs plus beaux habits. Tout le village s'est rassemblé pour les voir passer.

  Jean le sot s'arrête au premier rang des badauds ( 10 ), mais il ne cesse pas de répéter sa phrase. Si bien qu'en arrivant à sa hauteur, le père de la mariée a la stupéfaction ( 11 ) de s'entendre dire :

- Oh ! la vilaine bête ! Allez vite la noyer.

Le fiancé et les frères de la mariée ont entendu eux aussi. Ils s'empressent ( 12 ) de saisir Jean le sot et il lui donne une bonne correction en criant :

- Insolent ! Tu n'as pas honte d'insulter une si jolie mariée ? Voilà pour t'apprendre les bonnes manières.( 13)

- Aïe ! crie le garçon. Que faut-il dire ? que faut-il dire ?

- Il faut dire, répond le fiancé : Ah ! Comme elle est belle. Quel réjouissant ( 14 ) spectacle !

  Et Jean le sot reprend son chemin, les côtes endolories ( 15 ). Il arrive devant une maison en feu. De tous côtés, des gens courent en transportant des seaux d'eau pour éteindre l'incendie. Et lui, s’arrêtant devant la maison en feu s'exclame :

- Ah ! Comme elle est belle ! Quel réjouissant spectacle !

  A peine a-t-il prononcé ces mots, qu'il reçoit un seau d'eau sur la tête, et puis encore un autre, et encore un autre. Quelqu'un lui crie :

- Tu as de la chance que nous n'ayons pas de temps à perdre, sinon, quelle raclée tu prendrais.

Trempé jusqu'aux os, le garçon balbutie :

- Que faut-il dire ?

- Il faut dire : Ah ! Si seulement il pouvait pleuvoir.

  Dégoulinant d'eau, Jean le sot repart et arrive enfin au moulin.

  Devant la porte, la femme du meunier avait mis des prunes à sécher au soleil.  Elle était en train de retourner les fruits pour bien les faire sécher, et Jean le sot lui dit en guise ( 16 ) de salut :

- Ah ! si seulement il pouvait pleuvoir !

- Quoi ! que dis-tu là, oiseau de malheur ( 17 ), gronde ( 18 ) la meunière. Pourquoi appelles-tu donc la pluie ?

- Je, je,… je ne sais pas, répond Jean le sot.

  - Si tu ne sais pas, tu n'as qu'à te taire.

  - Je crois que c’est là un très bon conseil se dit enfin Jean le sot.

  À partir de ce jour, Jean le sot s'abstint ( 19 ) de parler à tort et à travers ( 20 ), et …il ne fut plus battu.

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