Environ une demi-heure plus tard, j'entrai dans le jardin des Cassard.
J'étais venu voir comment les choses se déroulaient et
je dois reconnaître que je m'attendais à pire. Devant la
porte, je m'arrêtai et regardai dans la cour. Quel étrange
spectacle ! Dans un coin, Monsieur Cassard était en train de
réduire en miettes les trois fusils avec un énorme marteau.
Dans un autre coin, Madame Cassard posait de jolies fleurs sur seize
petits monticules de terre. C'était, je l'appris plus tard, les
tombes des canards tués la veille.
Au milieu, il y avait Bernard et Richard, et à
côté d'eux, un sac d'orge, la meilleure qu'avait leur père. Ils étaient entourés de canards, de colombes,
de pigeons, de moineaux, de rouges-gorges, d'alouettes et de toutes
sortes d'oiseaux que je ne connaissais pas. Les oiseaux picoraient l'orge
que les garçons éparpillaient par poignées.
« Bonjour, Monsieur Cassard » , dis-je. Monsieur
Cassard abaissa son marteau et me regarda. « Je ne m'appelle plus Cassard, dit-il. En l'honneur
de mes amis à plumes, j'ai changé Cassard en Canard. - Et je suis Madame Canard, dit Madame Cassard.
- Que s'est-il passé'? » demandais-je. Ils semblaient être devenus complètement
zinzins, tous les quatre.
Alors, Bernard et Richard commencèrent à
me raconter toute l'histoire. Richard dit « Regarde! Voici le nid ! Tu arrives à le
voir'? Tout là-haut, au sommet de l'arbre ! C'est là qu'on
a couché, hier soir! - Je l'ai bati entièrement moi-même, dit
fièrement Monsieur Canard. Brindille par brindille. - Si tu ne nous croies pas, dit Madame Canard, entre dans
la maison et jette un coup d'oeil dans la salle de bains. C'est la pagaille.
- Ils ont rempli la baignoire à ras bord, dit Bernard.
Ils ont dû nager toute la nuit ! Et il y a des plumes partout
! - Les canards aiment l'eau, dit Monsieur Canard. Je suis
content qu'ils se soient bien amusés.»
A ce moment-là, quelque part près du lac,
on entendit un formidable PAN! « Un coup de fusil ! m'écriai-je. - Ça doit être Gaston Biros, dit Monsieur
Canard. Lui et ses trois garçons. Ils sont féroces, ces
Biros ! » Soudain, je vis rouge. Puis, je commençai à bouillir.
Ensuite, le bout de mon doigt se mit à me picoter
furieusement. La force magique m'avait à nouveau envahie. Je me retournai et courus à toute vitesse vers
le lac. « Hé ! hurla Monsieur Canard. Qu'y a-t-il'? Où
vas-tu ? - Voir les Biros, répondis-je. - Mais pourquoi
?
- Vous allez voir! dis-je. Cette nuit, il y en a qui vont
dormir dans un nid! »
