A terre, au-dessous d'eux, il y avait les quittes énormes canards,
grands comme des hommes. Trois d'entre eux tenaient des fusils. L'un
avait le fusil de Monsieur Cassard, l'autre celui de Bernard et le dernier
celui de Richard. Les fusils étaient tous pointés sur le nid.
«Non! Non! Non! crièrent ensemble Monsieur et Madame Cassard.
Ne tirez pas ! S'il vous plait, ne tirez pas !
- Et pourquoi ? dit le canard qui n'avait pas de fusil.
Vous tirez tout le temps sur nous !- Oh! mais ce n'est pas pareil ! dit Monsieur Cassard.
Nous avons le droit de tirer sur les canards! - Qui vous donne ce droit ? demanda le canard.- Nous nous le donnons nous-mêmes, dit Monsieur
Cassard. - Charmant, dit le canard. Et maintenant, nous nous donnons
nous-mêmes le droit de vous tirer dessus.» (J'aurais adoré voir la tête que faisait
Monsieur Cassard !) « Oh, je vous en prie' cria Monsieur Cassard. Nos
deux petits garçons sont avec nous ! Vous n'allez pas tirer sur
des enfants !
- Hier, vous avez tiré sur mes enfants, dit le
canard. Vous avez tué six de mes enfants.
- Je ne le ferai jamais plus ! cria Monsieur Cassard. Jamais, jamais,
jamais plus ! - Vous êtes vraiment sincère? demanda le
canard.
- Bien sûr que je suis sincère ! répondit Monsieur
Cassard. Je ne tuerai plus de canard de ma vie ! - Ce n'est pas suffisant, dit le canard. Et pour les daims
? - Je ferai tout ce que vous me direz si vous abaissez
vos canons ! cria Monsieur Cassard. Je ne tirerai plus sur des canards,
sur des daims ni sur rien d'autre !
- Vous me donnez votre parole'? dit le canard. - Oui!
Oui! dit Monsieur Cassard.- Vous jetterez vos fusils'? demanda le canard. - Je les
réduirai en miettes ! dit Monsieur Cassard. Vous n'aurez jamais
plus rien à craindre de moi ni de ma famille.- Très bien, dit le canard. Vous pouvez redescendre.
Et par la même occasion, fécilitations pour le nid. Ce
n'est pas mal pour un coup d'essai. »
Monsieur et Madame Cassard, Bernard et Richard sautèrent
du nid et redescendirent en voletant.Alors, soudain, le noir complet. Ils ne virent plus rien.
Une drôle d'impression les envahit et ils entendirent un grand
vent leur souffler aux oreilles. Puis le noir qui les entourait vira
au bleu,au vert, au rouge, puis au doré et tout à coup,
ils se retrouvèrent dans leur jardin près de leur maison
sous un beau soleil éclatant. Tout était redevenu normal.
« Nos ailes ont disparu ! s'écria Monsieur
Cassard. Et nous avons retrouvé nos bras ! - Et nous ne sommes plus minuscules ! dit Madame Cassard.
Oh, comme je suis contente ! » Bernard et Richard se mirent à
gambader de joie.
Puis, au-dessus de leur têtes, ils entendirent le cri d'un canard
sauvage. 'Tous levèrent les yeux et virent les quatre magnifiques
oiseaux se détacher sur le ciel bleu. Ils retournaient en vol
serré vers le lac au milieu des bois