Le nid commença à grandir. Monsieur Cassard
arrivait très bien à assembler les brindilles. Au bout d'un moment, il dit
« Il y a assez de petit bois. Maintenant, je veux
des feuilles, des plumes et des trucs comme ça pour que l'intérieur
soit bien douillet. » Ils continuèrent à bâtir le nid. Cela
prit longtemps. Mais à la fin, le nid était terminé. « Essayez-le, dit Monsieur Cassard en se reculant
d'un bond. »Il était ravi de son travail.
« Oh! c'est charmant ! s'écria Madame Cassard
en entrant et en s'asseyant. J'ai l'impression que je pourrais pondre
un neuf d'un moment à l'autre ! » Les autres la rejoignirent. « Comme c'est chaud ! dit Richard.
- Qu'est-ce que c'est amusant de vivre si haut ! dit Bernard.
Nous sommes petits, mais ici, personne ne peut nous faire de mal.
- Et la nourriture ? demanda Madame Cassard. Nous n'avons
rien mangé de toute la journée.- C'est vrai, dit Monsieur Cassard. Volons jusqu'à
la maison, entrons par une fenetre ouverte, et quand les canards ne
regarderont pas, prenons la boîte à biscuits. - Oh, mais ces vilains gros canards vont nous attaquer
à coups de bec ! Ils vont nous réduire en miettes ! s'exclama
Madame Cassard. - Nous ferons très attention, mon amie»,
dit Monsieur Cassard.
Et ils partirent.
Mais lorsqu'ils atteignirent la maison, ils trouvèrent
toutes les fenêtres et toutes les portes fermées. Pas moyen
d'entrer. Regardez-moi cette horrible canne qui fait la cuisine
sur mes fourneaux ! s'écria Madame Cassard en volant devant la
fenêtre de la cuisine. Quel toupet! - Et regardez celui-ci avec mon beau fusil ! hurla Monsieur
Cassard. - Il y en a un couché dans mon lit! brailla Richard
en regardant par la fenêtre du haut. - Et il y en a un autre qui est en train de jouer avec
mon train électrique! cria Bernard.
- Oh! mon Dieu, mon Dieu ! dit Madame Cassard. Ils ont
pris toute la maison ! Nous ne pourrons plus jamais y revenir. Et qu'allons-nous
manger ? - Pas question de manger des vers, dit Bernard. Plutôt
mourir. - Ni des limaces», dit Richard.
Madame Cassard prit les deux garçons sous ses ailes et les serra
contre elle. , Ne vous inquiétez pas, dit-elle. Je vous les mâcherai
si menu que vous ne les sentirez même pas. De délicieuses
bouillies de limaces. De délicieuses purées de vers.
- Oh! non! s'écria Richard. - Jamais! dit Bernard. - Répugnant! dit Monsieur Cassard. Ce n'est pas
parce que nous avons des ailes que nous devons manger comme des oiseaux.
Mangeons plutôt des pommes. Il y en a plein sur nos arbres. Venez!
»
Et ils volèrent jusqu'à un pommier.
Ce n'est guère facile de manger une pomme quand
on n'a pas de mains. Chaque fois qu'on essaie d'y planter ses dents,
elle recule. A la fin, ils arrivèrent à prendre quelques
petites bouchées. Et puis, la nuit tomba et ils retournèrent
se coucher dans leur nid.
Ce fut à peu près à ce moment-là
que, de chez moi, je pris le téléphone pour essayer d'appeler
Bernard. Je voulais voir si la famille allait bien. « Allô,
dis-je. - Couin - couin ! dit une voix au bout du fil. - Qui est
à l'appareil ? demandai-je.- Couin - couin ! - Bernard, dis-je, c'est toi ?
- Couin - couin - couin - couin - couin ! - Oh! ça
suffit ! » dis-je. Alors, j'entendis un drôle de bruit, comme un oiseau
en train de rire. Je raccrochai aussitôt.
« Oh! ce Doigt Magique! m'écriai-je. Qu'a-t-il
fait à mes amis ? » Cette nuit-là, tandis que Monsieur et Madame Cassard
essayaient de dormir dans leur nid haut perché, un grand vent
se mit à souffler. L'arbre se balançait et tout le monde,
même Monsieur Cassard, eut peur que le nid ne tombe. Puis il commença
à pleuvoir. Il plut, il plut longtemps. L'eau inonda le nid,
et tous furent trempés comme des soupes. Oh! quelle nuit! Quelle
mauvaise nuit !
Enfin arriva le matin chaud et ensoleillé.
« Eh bien, dit Madame Cassard, Dieu merci, c'est
fini ! Je ne coucherai plus jamais dans un nid ! » Elle se leva et regarda en bas.
« Au secours ! cria-t-elle. Regardez ! Regardez là !
- Qu'y a-t-il, mon amie'? » dit Monsieur Cassard.
Il se leva et jeta un coup d'oeil. La plus grande surprise de sa vie l'attendait