Au matin, Monsieur Cassard s'éveilla le premier.II était sur le point de tendre la main vers sa
montre pour regarder l'heure, mais sa main ne semblait pas vouloir se
tendre.«Voilà qui est drôle, dit-il. Où
est ma main'? Il restait immobile, se demandant ce qui se passait.
Se serait-il blessé cette main ?
Il essaya avec son autre main.Elle non plus ne voulait pas se tendre. Il se redressa.Puis, pour la première fois, il vit à quoi
il ressemblait.Il poussa un cri et bondit hors du lit. Madame Cassard
s'éveilla. Lorsqu'elle aperçut Monsieur Cassard qui se
tenait debout, sur le sol, elle poussa un cri, elle aussi.
Car maintenant, c'était un tout petit homme!Il arrivait peut-être à la hauteur d'un siège
de chaise, guère plus haut!
Et, à la place des bras, il avait deux ailes de canard !
« Mais... mais... mais..., s'exclama Madame Cassard
dont la figure devint cramoisie. Que t'arrive-t-il, mon ami ?- Tu veux dire qu'est-ce qui nous arrive à tous
les deux? » hurla Monsieur Cassard.A son tour, Madame Cassard bondit hors du lit.
Elle courut se regarder dans la glace. Mais elle n'était pas
assez grande pour se voir. Elle était encore plus petite que
Monsieur Cassard et elle avait également des ailes à la
place des bras.
« Oooh ! Oooh ! sanglota Madame Cassard.- C'est de la sorcellerie! » s'écria Monsieur
Cassard.
Tous deux se mirent à courir autour de la pièce
en battant des ailes.
Une minute plus tard, Bernard et Richard entrèrent en coup de
vent. La même chose leur était arrivée. Ils avaient
des ailes, et pas de bras. Ils étaient vraiment minuscules, à
peu près comme des rouges-gorges.«Maman! Maman! Maman! pépia Bernard. Regarde,
Maman! Nous volons! »Et ils s'élevèrent en l'air.« Redescendez tout de suite ! dit Madame Cassard.
Vous êtes beaucoup trop haut!»Mais avant qu'elle ait pu dire autre chose, Bernard et
Richard s'étaient envolés par la fenêtre.
Monsieur et Madame Cassard coururent vers la fenêtre
et regardèrent au-dehors. Les deux minuscules garçons
étaient maintenant tout là-haut dans le ciel. Madame Cassard dit alors à son mari
« Crois-tu que nous puissions en faire autant, mon
chéri'? - Pourquoi pas ? dit Monsieur Cassard. Viens, essayons.
» Monsieur Cassard se mit à battre énergiquement
des ailes et, aussitôt, il s'envola. Puis Madame Cassard fit de même.
« Au secours ! s'écria-t-elle tandis qu'elle
s'élevait. A l'aide ! - Viens, dit Monsieur Cassard. N'aie pas peur. »
Et c'est ainsi qu'ils s'envolèrent par la fenêtre,
montèrent tout là-haut dans le ciel et rattrapèrent
vite Bernard et Richard. Bientôt, toute la famille réunie volait en
décrivant des cercles.« Oh! c'est formidable ! cria Richard. J'ai toujours
rêvé de savoir comment ça fait, d'être un
oiseau ! - Tu n'as pas les ailes fatiguées, ma chérie?
demanda Monsieur Cassard à sa femme. - Pas du tout, répondit Madame Cassard. Je pourrai
continuer à voler toute ma vie !
- He ! Regardez en bas! dit Bernard. Il y a quelqu'un
dans notre jardin ! » Tous regardèrent en bas. En dessous d'eux, dans
leur propre jardin, ils aperçurent quatre énormes canards
sauvages ! Ces canards étaient
aussi grands que des hommes et comme des hommes, en plus, ils avaient
de très grands bras à la place des ailes.Les canards marchaient à la queue leu leu vers
la porte de la maison des Cassard, en balançant les bras et en
dressant les becs.
« Arrêtez! Cria le minuscule Monsieur Cassard, en piquant
au-dessus de leurs têtes. Filez ! c'est ma maison ! »
Les canards levèrent les yeux en faisant couincouin.
Le premier étendit le bras, ouvrit la porte de la maison et entra.
Les autres le suivirent. La porte se ferma. Les Cassard redescendirent et s'assirent sur le mur, près
de la porte. Madame Cassard se mit à pleurer.
«Oh! mon Dieu, mon Dieu! sanglotait-elle. Ils ont pris notre maison.
Qu'allons-nous faire ? Nous n'avons plus d'endroit où aller!
»
Les garçons eux-mêmes se mirent à
verser quelques larmes.« Les chats et les renards vont venir nous manger
pendant la nuit ! dit Bernard.
- Je veux dormir dans mon lit! dit Richard. - Allons, allons, dit Monsieur Cassard. Ça ne sert
à rien de pleurer. Ce n'est pas ça qui nous aidera. Vous
voulez que je vous dise ce que nous allons faire ?
- Quoi ? »
Monsieur Cassard les regarda et sourit. « Nous allons
bâtir un nid.- Un nid! dirent-ils. Est-ce que nous y arriverons ?
- Nous devons bien, dit Monsieur Cassard. Il nous faut un endroit où
coucher. Suivez-moi. » Ils volèrent jusqu'à un grand
arbre et Monsieur Cassard choisit de bâtir le nid au sommet.
« Maintenant, il nous faut du bois, dit-il. Plein,
plein de petit bois. Partez en chercher et ramenezle ici.
- Mais nous n'avons pas de mains! dit Bernard. - Alors, servez-vous de vos bouches! » Madame Cassard
et les enfants s'envolèrent. Bientôt, ils étaient
de retour avec des brindilles à la bouche.
Monsieur Cassard les prit et se mit à bâtir
le nid.« Il en faut d'autres, dit-il. Plein, plein d'autres.
Repartez en chercher. »