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Alexandra David Néel 4

    

   Tous deux, en compagnie d'un Lama très excentrique, vont traverser dans de grandes difficultés toute la Chine d'Est en Ouest. Ils visitent le Gobi, la Mongolie et, après trois années d'études passées au monastère de Kum-Bum, abandonnant mules, yaks, domestiques et "les bagages", vêtue d'une robe de mendiante et pour Yongden de son habit de moine, empruntant le plus souvent des chemins inexplorés, ils franchiront, cette fois avec succès, la frontière de ce si mystérieux Tibet.

Après bien des péripéties - les plus dures probablement endurées au cours de leurs nombreuses pérégrinations - ils arriveront épuisés à Lhassa

Ils y séjourneront deux mois, durant lesquels ils visiteront la ville sainte et les grands monastères environnants : Drépung, Séra, Ganden, Samyé...

Alexandra jouant toujours le rôle de la vieille mère effacée récitant le mantra "Om Mani Padmé Hum" et laissant à Yongden les tâches de marchander, de débattre toutes les questions matérielles. Le scénario était parfaitement au point !

Cependant, Alexandra commet à Lhassa même une imprudence qui faillit lui coûter cher, celle de se rendre chaque matin à la rivière pour faire un brin de toilette en cette période hivernale. Ce fait inhabituel intrigue une de ses voisines à un point tel qu'elle le signale au Tsarong Shapé (le gouverneur de Lhassa). Celui-ci, absorbé par des préoccupations plus importantes, allait, quelques temps plus tard, envoyer un de ses hommes pour procéder à une enquête lorsque la rumeur lui apprend qu'Alexandra et Yongden viennent d'arriver à Gyantsé. Le gouverneur en a aussitôt déduit que la dame se lavant tous les matins ne pouvait être qu'Alexandra

Cette histoire, Alexandra et Yongden ne l'ont connue que quelques mois après, par des lettres de messieurs Ludlow et David Macdonald, l'agent commercial britannique qui, à Gyantsé, a stoppé leur avance. Ce dernier, avec son gendre le capitaine Perry, s'est occupé de leur procurer les papiers nécessaires, afin qu'ils puissent par la suite regagner l'Inde par le Sikkim.

Après avoir vécu ces années inoubliables, après avoir porté si longtemps la robe aurore, couleur du détachement en Inde et la robe grenat au Tibet, contemplé les plus hauts sommets du monde et les immenses solitudes de l'Asie centrale, comment aurait-elle pu rentrer en France et se réadapter à une vie que, délibérément, il y a quatorze ans de cela, elle avait fui ?

Alexandra se sépare donc de Philippe, parcourt la Provence, et c'est Digne qu'elle choisit en 1928 pour y bâtir Samten-Dzong, sa forteresse de la méditation. Certes, la Bléone n'est pas le fleuve Brahmapoutre ! Le pic du Couar n'est pas l'Everest ! Mais, le ciel est bleu, le soleil brille, Alexandra est séduite par la beauté de ces pré-Alpes, ces Himalayas pour Lilliputiens, comme elle se plaisait à le dire aux journalistes. Elle, qui a parcouru une grande partie de notre globe, traversé des régions paradisiaques, respiré le violent parfum des forêts d'orchidées en fleurs, n'a à aucun moment regretté de s'être fixée dans cette cité parfumée de lavande. Elle y publie plusieurs livres qui relatent ses voyages et commente, avec succès, les théories des mystiques et magiciens qu'elle a approché

Entre ces diverses publications - toujours accompagnée d'Aphur Yongden, le fidèle compagnon d'aventures, devenu légalement son fils adoptif - elle fera de grandes tournées de conférences en France et en Europe.

Dix ans passent ainsi. Nous sommes en 1937. Alexandra n'a que 69 ans et conserve une persistante nostalgie de ces pays lointains

Elle obtient à nouveau des aides de divers ministères et touche des droits d'auteur. Philippe Néel, avec qui elle est parfaitement réconciliée et qui, durant son premier voyage, l'a aidée financièrement pendant la guerre de 14/18, alors qu'elle n'avait pas obtenu la reconduction de sa subvention, va de nouveau lui apporter son aide. En effet, Alexandra se retrouvera dans les mêmes pénibles conditions créées, cette fois, par la guerre Sino-Japonaise et la guerre civile en Chine. Elle restera donc une des principales préoccupations de Philippe Néel jusqu'en 1941, date de sa mort. En apprenant sa disparition, Alexandra dira : "J'ai perdu le meilleur des maris et mon seul ami...", ce qu'il était effectivement devenu pour elle, après les premières années très difficiles de leur union

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