Alexandra David Néel 3
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Nous sommes en août 1911, sur le quai d'embarquement, Alexandra promet à ce "compréhensif mari" de regagner le domicile conjugal dix huit mois plus tard... Mais ce n'est que quatorze ans après, en mai 1925, que ces époux, liés par un contrat de mariage, mais aussi par une profonde et indéfectible amitié, se retrouvent... pour quelques jours seulement. En effet, l'adoption du jeune Lama Yongden, son compagnon d'exploration et preuve de son voyage à Lhassa (exploit qui la fit connaître au monde entier en 1924), amènera la séparation d'Alexandra et Philippe Il ne faut pas oublier qu'Alexandra vient de parcourir des milliers de kilomètres à travers l'Extrême-Orient et une grande partie de l'Asie Centrale, perfectionnant sa connaissance du sanskrit et, surtout du tibétain, ce qui lui a permis d'avoir accès aux plus grands gurus et de rencontrer les plus grands penseurs. Elle a écouté, étudié, écrit, allant partout où il lui a été possible de pénétrerArrivée au Sikkim en 1912, où des liens de très étroite amitié l'ont liée à Sidkéong Tulku, souverain de ce petit état himalayen, elle a visité tous les grands monastères, augmentant ainsi ses connaissances sur le Bouddhisme et plus précisément sur le Bouddhisme tantrique C'est dans l'un de ces monastères qu'elle a rencontré en 1914 le jeune Aphur Yongden dont elle fera par la suite son fils adoptif. Tous deux décident alors de se retirer dans une caverne ermitage à 3900mètres d'altitude, au Nord du Sikkim Là, elle est auprès d'un des plus grands Gomchens (ermites) dont elle a le privilège de recevoir l'enseignement et surtout, elle est tout près de la frontière tibétaine, qu'envers et contre tous, elle franchira à deux reprises. Elle pénétrera même jusqu'à Jigatzé, l'une des plus grandes villes du sud du Tibet, mais pas encore à Lhassa, qui en est la capitale interdite. A cause de ces incartades, Alexandra sera expulsée du Sikkim en 1916 Après avoir supporté les rigueurs de trois hivers himalayens, vexée, mais pas pour autant désarmée, Alexandra suivie de Yongden, quitte son ermitage et poursuit l'aventure. Revenir en Europe en pleine guerre 14/18 était impossible. Ils resteront donc quelques mois en Inde et s'embarqueront ensuite pour le Japon. Du Paquebot "Taroba" au paquebot "Cordillère", Alexandra transbordera ses nombreux bagages... et sa nostalgie. Elle débarque au Japon qu'elle trouve joli, certes ! mais qui la déçoit. Dans un train qui s'éloigne de Tokyo, le 12 mars 1917, elle écrit à son mari : "Le Japon m'a déçue, mais sans doute tout m'aurait déçue dans mon état d'esprit. Je ne nie pas les sites charmants d'Atami ; durant mon retour en chemin de fer, j'ai traversé des régions montagneuses ravissantes, mais on peut en voir d'à peu près semblables dans les Cévennes, les Pyrénées, ou les Alpes ! tandis que les Himalayas sont uniques. A vrai dire, j'ai le "mal du pays" pour un pays qui n'est pas le mien. Les steppes, les solitudes, les neiges éternelles et le grand ciel clair de "là-haut" me hantent ! Les heures difficiles, la faim, le froid, le vent qui me tailladait la figure, me laissait les lèvres tuméfiées, énormes, sanglantes. Les camps dans la neige, dormant dans la boue glacée, tout cela importait peu, ces misères passaient vite et l'on restait perpétuellement immergé dans le silence où seul le vent chantait, dans les solitudes presque vides même de vie végétale, les chaos de roches fantastiques, les pics vertigineux et les horizons de lumière aveuglante. Pays qui semble appartenir à un autre monde, pays de titans ou de dieux ? Je reste ensorcelée J'ai été voir là-haut, près des glaciers himalayens, des paysages que peu d'yeux humains ont contemplés, c'était dangereux peut-être et comme dans les fables antiques, les déités se vengent. Mais de quoi se vengent-elles ? de mon audace d'avoir troublé leurs demeures ou de mon abandon après avoir conquis une place auprès d'eux ? Je n'en sais rien, pour le moment je ne sais que ma nostalgie."Alexandra va donc se réfugier dans l'étude et rencontrer dans ce but des orientalistes, des érudits, des mystiques. L'un d'eux, le moine philosophe Ekaï Kawaguchi va lui apporter une lueur d'espoir Quelques années auparavant, sous le déguisement d'un moine chinois, il a réussi à demeurer quelque 18 mois à Lhassa. Prévenu des soupçons qu'il éveillait et sur les conseils d'un de ses amis, il dut prendre la fuite. Cette histoire passionne Alexandra et lui donne des idées... Ils quittent donc le Japon, trop pluvieux et trop peuplé, refont les bagages et s'embarquent pour la Corée. Les montagnes, rassure-t-elle Yongden, vont lui rappeler le Tibet. Ils ne parlent pas le coréen, mais vont sûrement le baragouiner dans quelques mois, écrit-elle à son mari Les rencontres dans ce pays sont très intéressantes. Cependant, la nostalgie demeure ! Alexandra, Yongden et les bagages prennent le train pour Pékin... Là, au temple des Lamas se trouvent des érudits ; ils sont Tibétains ! Alexandra parle leur langue, tout va s'arranger. Hélas, pas tout à fait comme elle l'avait prévu. Au bout de quelques mois, ils refont leurs bagages |
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